Les dessous de 42 | l'école pas comme les autres

Rédigé par Hana Khelifa, 23 ans,
présidente du Bureau Des Élèves à 42
& étudiante Crème de la Crème

« En mars 2013, Xavier Niel a annoncé la création d’une nouvelle école d’informatique: 42. Il la présentait comme une école révolutionnaire sans professeurs, ouverte 24h/24, 7j/7, particulièrement adaptée à ceux qui n’aiment pas l’école classique et avec un concours à l’entrée impitoyable. À cette époque, je n’avais jamais programmé de ma vie et j’étudiais l’économie à l’Université Paris Sud. Cinq minutes après avoir vu la conférence qui annonçait la création de 42, j'y postulais. J’ai passé ma piscine en juillet 2013, la toute première piscine de l’histoire de 42, c’était l’une des expériences humaines les plus folles de ma vie.

« L’école était encore en travaux, la climatisation n’était pas installée, c’était le bordel mais on était contents d’être là ! »


Ce qu’on appelle “piscine” chez nous, c’est le concours qui permet d’entrer à 42: quatre semaines de formation intensives, week-ends inclus, durant lesquelles on apprend les bases de la programmation en travaillant de 10 à 15h par jour. Deux semaines après, un mail nous annonce si on est admis. Trois piscines ont lieu tous les ans: en juillet, en août et en septembre. Au total 900 personnes parmi les 3000 qui ont passé la piscine sont sélectionnées chaque année pour étudier à 42.



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Que ce soit lors des piscines ou durant notre scolarité, nous n’avons ni professeur ni emploi du temps ni cours. Comment on apprend dans une école avec ces conditions ? C’est simple: grâce à Google. Ça peut être déstabilisant au début, surtout quand on sort du système scolaire classique qui nous habitue à avoir un cours suivi d’exercices qui se basent sur ce cours. À 42, on nous donne directement des sujets de projets à faire et on doit se débrouiller pour les faire. Ça passe donc par des recherches Google, mais aussi beaucoup de travail en groupe qui nous permet de confronter nos idées et pas mal d’erreurs jusqu'à ce qu’on réussisse. C’est ce qui nous permet d’acquérir un esprit débrouillard nécessaire pour être bon et le rester dans notre domaine.


« Ça a aussi le bénéfice de stimuler la fibre entrepreneuriale d’un grand nombre d'étudiants »


Concrètement, comment se passe notre cursus ? On a un tas de sujets mis à notre disposition, on en choisit un, on le fait, on se fait corriger par un camarade qui va suivre un barème mis à disposition par l’équipe pédagogique puis on passe au projet suivant. Pour se repérer dans notre scolarité, on a un système gamifié qui fonctionne par level. Tous les étudiants commencent au niveau 0, ensuite chaque projet validé nous rapporte des “points d'expérience” qui nous permettent de monter en niveau (à l’image des pokémons si vous êtes familier avec ce jeu). Atteindre le niveau 7 nous autorise à partir en stage, et une fois le level 21 atteint on peut considérer avoir fini 42.



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Quand on arrive dans une telle structure, sans supervision et sans emploi du temps, je vous cache pas que le plus difficile et la première des choses c’est d’apprendre à s’auto-gérer et de se motiver en permanence. Les locaux sont luxueux, et on a la chance d’avoir des conférenciers passionnants qui viennent (Charles Bolden de la NASA, Tony Fadell, Richard Stallman, Emmanuel Macron, Solomon Hykes etc), ca aide pas mal pour se motiver!

Entre deux projets, des opportunités de partenariats avec d’autres écoles comme HEC, Centrale ou Condé s’offrent régulièrement à nous. A titre d’exemple, l’année dernière, j’ai pu partir étudier à HEC pour passer le certificat Digital Innovation for Business. On nous mettait dans des équipes qui se composaient de trois étudiants d’HEC, un designer et un 42, et on avait cinq semaines pour créer une startup.


« C’est forcement super enrichissant de travailler avec des profils différents mais complémentaires des nôtres ! »


Le plus cool à 42, ça reste avant tout notre communauté: la seule condition pour être admis à 42 (mis à part réussir sa piscine) est d’avoir entre 18 et 30 ans. Que vous ayez un doctorat ou que vous n’ayez pas votre bac, on s’en fout. Cette forme de sélection permet d’avoir un melting-pot d’étudiants assez incroyable, c'est très important dans une communauté Peer-to-Peer comme la notre. Quand la première promotion (la “promo beta-test”) est arrivée à 42, il n’y avait rien en terme d’associations étudiantes et de clubs: tout était à créer.



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Aujourd’hui, deux ans et demi après, on compte une grosse douzaines d’associations et de clubs actifs qui animent l’école. L’association de rugby qui joue régulièrement des matchs, l’association 42Workout qui propose des entraînements plusieurs fois par semaine dans le stade à côté, l’association 42entrepreneurs qui organise des conférences et qui stimule l’entrepreneuriat au sein des étudiants, un club de dessin, un club de jeux de société, de basket et j’en passe. On a même une association de Mangeurs de Poulet qui se charge d’organiser des repas conviviaux à l’école ! Et bien évidemment, un Bureau Des Étudiants, dont je suis la Présidente, qui se charge d’organiser des voyages, soirées et bien d'autres évènements tout au long de l’année.


« C’est une école unique et elle appartient à ses étudiants: on y est libres de mener à bien nos propres initiatives »


J'ai demandé à des camarades ce que représentait 42 pour eux:

Quentin (promo 2013, travaille maintenant pour l’école) « C’est un peu le symbole du monde qui change et qui évolue pour devenir entièrement numérique. C’est le pas entre le numérique « utile », « reproduction » et « communication » et le numérique intégré à notre vie, qui change notre quotidien et surtout qui grandit les hommes. Et tout devrait suivre ce phénomène, pas seulement le domaine de l’éducation. Si j’ai eu envie de m’y investir c’est parce qu’on est à la croisée de deux mondes, que le pas en avant ne viendra que de nous et que 42 est dans les premiers à créer ce changement. Et j’ai envie d’être un acteur de ce changement. »

Clément (promo 2014) « Quand j'ai reçu mon ticket d'entrée à 42, j'ai hésité à venir, du fait que l'École n'était pas encore reconnue et relativement récente. J'y suis depuis un peu plus d'un an et je sais maintenant qu'aucune porte ne m'est fermée. Selon moi, la force de 42 réside dans les qualités des étudiants qui y travaillent, leur diversité et aux conditions de travail exceptionnelles : je viens quand je veux, aussi longtemps que je veux et me former sur ce que je veux. La force de notre formation sur le marché de l'emploi rendent absurdes toutes les craintes que j'avais avant de venir. »

C’est vrai qu’au début, tout plaquer pour aller a 42 était un risque: nous n’avions aucune information sur l’école si ce n’est la conférence de lancement. L’école ne délivre pas de diplôme reconnu par l’état, on ne savait pas ou on allait, et ce que ça deviendrait. Aujourd'hui, je pense qu'on peut tous s’accorder sur le fait qu'on a fait de belles choses avec 42, et que le meilleur est encore a venir. »



Rédigé par Hana Khelifa
Etudiante Crème de la Crème
Présidente du BDE à 42