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“Le salariat est mort : les freelances ont une longueur d’avance !”

La semaine dernière, j’ai décidé de rencontrer Stéphane Mallard.

Il y a de fortes chances pour que vous ayez déjà entendu parler de lui. Digital, intelligence artificielle et futur du monde du travail :  son avis est souvent tranché.

Il a d’ailleurs sorti un livre il y a quelques mois : Disruption : intelligence artificielle, fin du salariat, humanité augmentée.

Derrière ce buzzword à la mode ces derniers temps, se cache une réalité intéressante, sur fond d’ancien monde, de nouvelles technologies et de freelancing.

C’est pour cette raison que j’ai pris le temps d’en discuter avec lui.


Tu es speaker, auteur et spécialiste des nouvelles technologies. Pendant tes conférences, on te présente souvent comme un Digital Evangelist. Pourquoi ?

J’ai volontairement gardé ce terme parce qu’il choque, mais c’est le nom que porte mon métier aux États-Unis. Mon métier consiste simplement à sensibiliser aux enjeux du monde dans lequel on entre avec les nouvelles technologies, pour s’y préparer et prendre les bonnes décisions. J’offre un regard neutre et accessible à tous sur le numérique et ses impacts sur le business, l’économie et la société, en présentant mes convictions.

Je suis souvent politiquement incorrect, mais je considère que je n’ai pas le choix. Nous sommes bombardés par la communication des politiques et des cabinets de conseil. Ils nous rassurent en nous faisant croire qu’ils ont compris les enjeux autour de ces sujets, tout en préservant un prestige qu’ils n’ont plus, détrônés par les géants de la tech, les startups et les freelances.

 

Tu as sorti Disruption au mois de mai. Qu’est-ce que tu mets derrière ce mot à la mode ?

C’est d’abord un état d’esprit : accepter et surtout forcer la disparition de l’ancien monde, pour en faire émerger un nouveau. Le terme est ancien, il existe en anglais et en vieux français.  En 1997, le publicitaire Jean-Marie Dru a déposé ce mot comme méthode publicitaire qui consistait à renverser tous les codes.

Christensen a, lui, théorisé l’innovation disruptive comme le fait de s’adresser à un segment client non satisfait, puis à force d’itérations, prendre l’ascendant sur le marché.

Aujourd’hui, le mot disruption a une acception beaucoup plus large. Les américains l’emploient tout le temps pour parler de chamboulement et de rupture, que ce soit pour une innovation technologique, pour l’action d’un politique ou d’un médicament !

 

Pour préparer cette “disruption”, j’ai l’impression qu’il faut prendre des risques. Les entrepreneurs et freelances sont des risqueurs. En France, on a encore quelques réticences, non ?

Oui la clef du monde de demain, c’est la prise de risques. Le problème c’est que l’école ne fait rien pour encourager cette prise de risque dès le plus jeune âge. Réussir en France, c’est être sélectionné étape par étape : école, diplômes, CV lisses avec les mêmes stages, les mêmes postes.

En France, on ne forme pas, on sélectionne les gens brillants prêts à rentrer dans des cases (désolé pour le lieu commun). Du coup ça engendre de bons gestionnaires (cadres supérieurs, hauts fonctionnaires, consultants…) excellents à gérer l’existant, mais incapables d’inventer le monde de demain parce qu’ils ont peur de prendre des risques.

Il faut encourager cette prise de risques. Ceux qui seront récompensés demain seront ceux qui n’auront pas peur, comme le dit Nassim Nicholas Taleb, “de mettre leur peau en jeu pour changer le monde”.

 

En parlant de formation, le modèle scolaire n’arrive pas toujours à suivre les évolutions du monde du travail. Qu’est-ce que l’on fait ?

Il n’y a qu’en faisant qu’on apprend. Il faut trouver soi-même les ressources. Chacun a le pouvoir de créer et de tester plein de choses tout seul, de manière autonome.

La connaissance est là. Tout l’enjeu est de savoir comment s’en servir. C’est important de trouver ce qui nous passionne. La plupart des gens ont peur de se lancer, car ils ne se sentent jamais prêts. Regardons le monde autour de nous. Il y a plein de marchés encore vieillissants qu’il faut attaquer, que l’on soit freelance ou entrepreneur.

 

Comment expliques-tu que le freelancing se développe si vite depuis quelques années ?

Parce que le modèle entreprise/salariat est en train de mourir et ceux qui l’ont compris sont de plus en plus nombreux. Le phénomène vient des nouvelles générations. On leur a dit : faites de bonnes études avec des concours difficiles et vous aurez de belles opportunités et une carrière stimulante intellectuellement.

Ces générations ont vite été déçues. Elles sont arrivées en entreprise et on leur a demandé d’obéir à un chef, de suivre des processus, d’aller à d’innombrables réunions, pour en faire des comptes-rendus. Ces générations se sont rendu compte qu’elles n’étaient qu’un rouage d’un système verrouillé par leurs supérieurs hiérarchiques, à leur service.

Désolé encore une fois pour le lieu commun, mais le stéréotype du stagiaire ou du junior qui reste très tard pour faire le travail de ses supérieurs, qui s’en approprient les résultats, est vrai.

Et deuxièmement, il est aujourd’hui beaucoup plus facile pour les profils compétents, ambitieux et passionnés de vendre leur travail directement sur le marché en tant que freelances et à des rémunérations beaucoup plus élevées qu’en étant salarié dans une entreprise !

Cette facilité attire aujourd’hui aussi les générations plus âgées, frustrées et coincées dans le monde du salariat qui rêvent de liberté, d’autonomie et de reconnaissance de leur travail à sa juste valeur. Ce mouvement ne va faire que s’amplifier.

 

Dans l’un des chapitres de ton livre, tu commences par parler de Ronald Coase et son essai “Theory of the Firm”. Explique-moi ce qu’il y a derrière cette théorie et son essai.

J’ai été fasciné par cette théorie pendant mes études. Pour produire quelque chose (produit ou service), il y a deux solutions.

Soit vous faites appel au marché, en trouvant la bonne personne pour contractualiser, mesurer son travail puis la payer en fonction de la mission. Soit vous internalisez cette personne. Vous avez alors des coûts de coordination dans l’entreprise.

R. Coase explique que l’entreprise existe à partir du moment où les coûts de coordination pour les salariés en entreprise sont inférieurs aux coûts de transaction lorsqu’on va rechercher des personnes extérieures. C’est la raison pour laquelle les entreprises sont nées avec le salariat et tous ses codes.

Sauf qu’avec le digital, ce rapport de coûts s’inverse, cela devient moins cher (je ne parle pas de rémunération de travail), de faire appel au marché que d’internaliser. Cette théorie est plus que pertinente aujourd’hui.

 

En quoi des plateformes de freelances comme la nôtre sont-elles les plus pertinentes pour accompagner cette transition côté freelances et entreprises ?

Je crois énormément au modèle de crème de la crème. Vous avez créé un marché où l’offre et la demande vont se rencontrer avec les coûts de transaction les plus faibles. À terme, tout cela sera organisé intelligemment par des algorithmes et les freelances pourront évaluer leur demande à venir, prévoir leur rémunération, proposer des assurances, etc.

 

Beaucoup de médias évoquent la précarisation de l’emploi lorsqu’il s’agit de plateformes. Quel est ton point de vue ?

C’est entièrement faux. Les plateformes ne font que mettre en relation offres et demandes. Elles ne diminuent que le “coût de transaction”. Elles ne sont pas responsables de la rémunération d’un travail qui dépend de l’offre et de la demande.

Lorsqu’il y a une pénurie d’offres, comme les Data Scientists par exemple, les TJM explosent. Dans le cas d’une abondance d’offres, la rémunération baisse. On oublie les raisonnements économiques de base mais ce sont eux qui sont à l’oeuvre, pas la technologie. En revanche, il faut que les plateformes permettent aux freelances de fixer librement leurs prix, sinon ce n’est plus un marché.

 

Les freelances qui réussiront demain seront spécialisés et continueront de monter en compétences. En 2030, comment vois-tu l’entreprise ?

Les entreprises feront appel à de plus en plus de freelances, même sur des projets qui peuvent durer plusieurs années.

L’entreprise pourra se transformer avec un mode projet dynamique où il y aura très peu de salariés. On peut même imaginer un conglomérat entre salariés, freelances et technologie. On pourra anticiper les demandes pour telle ou telle tâche, en anticipant les futures demandes et pénuries en terme de compétences.

 

Comment as-tu construit ta marque personnelle sur ces dernières années ?

Je suis encore loin de l’avoir construite ! De manière générale, je ne crois pas aux règles, ni aux bonnes méthodes. Le monde est complexe, il n’y a pas de modèle type. Je crois au darwinisme : des variations aléatoires qui laissent émerger ce qui est adapté à un moment. J’introduis de l’aléatoire dans ma vie et je vois ce qui prend, pas sûr que ça marche mais je suis épanoui.

En revanche, ce que je remarque chez ceux qui ont réussi à construire leur marque personnelle, c’est deux choses. D’abord un très haut niveau de pertinence et un excellent niveau d’argumentation : des gens très structurés, qui utilisent des arguments, des connecteurs logiques et proposent des raisonnements pour arriver à des conclusions, c’est très rare aujourd’hui.

Les gens sont impatients. Ils ne comprennent pas qu’il n’y a pas forcément de secrets, de hacks, pour arriver vite à un but. Avoir envie de faire quelque chose est déjà une première étape à valider.

As-tu des livres intéressants à recommander ?

Celui de Chad Men Tan, le premier employé de Google : Search Inside Yourself sur la méditation. Je ne prenais pas ça au sérieux au début. Puis, quand j’ai lu des études sur le cerveau, c’est vraiment la démarche scientifique qui m’a convaincu.

Je recommande tous les livres de Nassim Nicholas Taleb. Ma préférence pour Skin in the game et Antifragile. Le niveau de pertinence est incroyable. Ça devrait convaincre les entreprises d’arrêter de payer des cabinets de conseil ! Sinon tous les grands classiques. Si ce sont des classiques, c’est que leur pertinence et leur enseignement sont forts et intemporels.

 

Et un dernier mot à dire à ceux qui n’osent pas sauter le pas du freelancing ?

N’ayez pas peur. Ça parait risqué, mais je vous assure que ça ne l’est pas. Il y a plus de risques à s’accrocher au CDI en entreprise qu’à être freelance : le coût de ne rien faire est désastreux.

Les gens sont malheureux dans les grandes entreprises. La politique, les ragots, les rivalités de clans et entre générations, la rémunération, la non reconnaissance… C’est terrible en terme de productivité et d’épanouissement.

Le freelancing est juste l’avenir : s’émanciper, gagner en liberté, tout en montant très vite en compétences. C’est fascinant de voir les freelances se retrouver à travailler ensemble, tous complémentaires selon leurs compétences.

Ils finissent par former des groupes auto-organisés pour servir leur marché, sans les contraintes de l’entreprise. Les niveaux de compétence et d’efficacité de chaque groupe sont largement supérieurs à ceux du mode projet que l’on retrouve en entreprise.

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Disruption aborde toutes les questions liées à l’intelligence artificielle, à la fin du salariat, et aux progrès technologiques que nous sommes en train de vivre.

Pour contacter Stéphane sur Linkedin.

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